Les Konversations, podcast #1 avec Michel Vandenheede

Saison 1

Dans cette première discussion, je parle avec un de mes collaborateurs de toujours, un neurologue spécialisé dans la prise en charge des céphalées depuis des années maintenant. Michel Vandenheede, va reparler de vos migraines, vos traitements et ce qu’on recommande pour votre prise en charge.

Une salle d’attente pourrait permettre de préparer en amont ce qui va se passer lors de la consultation, cela permettrait au spécialiste que vous allez consulter d’avoir déjà des idées de la fréquence à laquelle vous souffrez de vos maux de tête ainsi que de l’invalidité ressentie.
Le remplissage d’un calendrier migraine pour les personnes souffrant de céphalée est important, d’abord pour vous afin de prendre conscience de la fréquence de vos maux de tête, mais également pour le thérapeute. Des études ont montré que, lorsqu’on demande à un patient le nombre de jour par mois pendant lesquels ils souffrent de céphalée, dans au moins 50% des cas on doit multiplier ce chiffre par 2.

Exemple : lors de votre prise de rendez-vous, vous pourriez recevoir un calendrier migraine ainsi qu’une échelle d’invalidité (échelle MIDAS ou échelle Hit-6). Ces questionnaires sont faciles et rapides à compléter.

Qu’est-ce que cette fameuse « arnoldite », bien trop souvent écrite sur les prescriptions médicales ? C’est une irritation / une compression du nerf d’Arnold également appelé le nerf grand Occipital situé à la jonction entre les premières vertèbres cervicales et la boite crânienne. En réalité, ce diagnostic est extrêmement rare. Cette zone cervicale est régulièrement douloureuse si vous souffrez de migraine ou d’algie vasculaire de la face (AVF).
Tout le système est activé au niveau du cerveau lors d’une crise, c’est ce qu’on appelle le système trigéminovasculaire. Le noyau du nerf trijumeau dans le tronc cérébral descend jusqu’aux deux premiers niveaux cervicaux. C’est à cette endroit que l’émergence des racines vont donner le nerf d’Arnold.
Les douleurs provenant de ce nerf sont en réalité des douleurs dites « projetées ». On va faire un parallèle pour que cette notion soit plus facile à comprendre, c’est exactement le même mécanisme que la crise cardiaque, on peut avoir mal dans le bras gauche alors que c’est le cœur qui ne va pas bien.
Vous pouvez faire des séances de kinésithérapie afin de traiter ces douleurs. Concernant la vraie Arnoldite et l’algie vasculaire de la face, des infiltrations de cortisone dans la zone douloureuse ont montré de très bons résultats.
Connecter sa pathologie à un territoire douloureux, est-ce suffisant pour faire un diagnostic ? Ce n’est pas suffisant mais c’est déjà pas mal.
La céphalée de tension est bilatérale. La migraine peut l’être également mais elle est généralement unilatérale avec un territoire douloureux très fréquemment situé au niveau des tempes et du front.
D’autres éléments doivent être pris en compte dans le diagnostic : l’intensité de la douleur, plutôt fluctuante ou pulsatile, aggravé par l’activité physique… Tous ces éléments permettent de se rapprocher d’un diagnostic beaucoup plus précis.
Le territoire douloureux du nerf d’Arnold pourrait être en fait simplement un symptôme de la migraine.
Quelles médications pour les migraines ?
Il existe 2 types de traitements : un traitement de fond, qui sera à prendre pendant 2 à 3 mois minimum pouvant aller jusqu’à un an et un traitement de crise, qui sera à prendre exclusivement lors des crises de migraine.
Le traitement de fond, va permettre de soulager le patient sur du long-terme. S’ils sont soulagés grâce à ce traitement, on va pouvoir analyser la durée de soulagement des symptômes sans prise de médicament. Plusieurs traitements de fond sont possibles :

  • Toxine botulique uniquement pour la migraine chronique,
  •  Les anticorps monoclonaux sont dirigés vers le CGRP, une protéine produite par les neurones lors des crises de migraine. Le but des anticorps est de bloquer cette molécule pour empêcher des crises de migraine successives.

L’avantage de ces traitements est la bonne tolérance avec très peu d’effet secondaire observé.
Bonne nouvelle ! Un nouveau médicament, le gépants (à prendre par voie orale) est à l’étude pour les migraines qui peut être utilisé en traitement de fond et de crise. Ce médicament bloque également la protéine CGRP.
Concernant les traitements de crise, on retrouve les anti-inflammatoires non-stéroïdiens classique (ibuprofène, nurofène…), les anti-épileptiques, les anti-hypertenseurs, les triptans ainsi que les gépants. Les médicaments qui agissent uniquement contre la migraine sont ceux qui bloquent la protéine CGRP tels que les anticorps monoclonaux ou le gépants.
L’arrêt de la médication est possible en cas d’effets secondaires trop important ou en cas de grossesse chez la femme. Attention aux triptans, qui sont contre-indiqués en cas de problème cardiaque ischémique.
Quelques idées reçues sur la kinésithérapie ? 
Le kinésithérapeute n’est pas un magicien, il n’arrive pas à tout ressentir. Aucune articulation n’est vraiment bloquée ou déplacée comme on pourrait souvent l’entendre, c’est en réalité une hyper-sensibilité de l’articulation entraînant un renvoi trop important d’information au cerveau, ce qui contribue à entretenir l’irritation ou l’erreur d’information.
Le kinésithérapeute va être capable d’identifier les vertèbres les plus sensibles. Certaines techniques de thérapie manuelle seront efficaces afin de désensibiliser la zone douloureuse mais il faut absolument retenir que l’exercice reste le meilleur désensibilisateur pour le corps.
Par contre, la raideur, contrairement aux idées reçues, ne se sent pas mais se voit.
Quelle différence entre neurologue et neurochirurgien ?
Le neurochirurgien pratique des interventions chirurgicales au niveau du cerveau, de la colonne vertébrale et de la moelle épinière. Il réalise également les diagnostics de pathologies cérébrales et intracrâniennes.
Les neurologues réalisent des électromyogrammes afin de diagnostiquer par exemple des lombosciatalgies ou encore des cervico-brachialgies.

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